Sur la plupart des cartouches de pellicule 35mm produites depuis le milieu des années 1980, un motif en damier noir et argenté est visible sur le flanc du boîtier métallique. Loin d’être décoratif, ce motif correspond au code DX, un système introduit par Kodak en 1983 permettant aux appareils photo de détecter automatiquement certaines informations sur le film, sans intervention manuelle du photographe.
Ce système permet à un boîtier équipé de contacts électriques de lire :
- la sensibilité ISO du film (de 25 à 5000 ISO) ;
- le nombre de poses disponibles (12, 24, 36…) ;
- la latitude d’exposition, exprimée en stops.
Avant l’introduction du DX, la sensibilité devait être réglée manuellement sur le posemètre ou le boîtier à chaque changement de pellicule (une étape source d’erreurs fréquentes), d’autant plus problématique en argentique où une mauvaise exposition ne se révèle qu’au développement.
Comment fonctionne le codage DX
Le système repose sur deux mécanismes complémentaires.
Le code DX visuel (le damier)
Il s’agit de la grille de carrés noirs et argentés visible sur le flanc de la cartouche. Certains appareils d’entrée de gamme ou semi-automatiques, notamment les compacts, utilisent un capteur optique pour lire ce motif et en déduire la sensibilité ISO.
Le code DX électrique (les contacts dorés)
Sur la majorité des boîtiers 35mm produits depuis le milieu des années 1980, c’est ce second système qui domine. La chambre du boîtier comporte une série de petits contacts métalliques. Lors de l’insertion de la pellicule, certaines zones de la cartouche sont conductrices (métal nu) tandis que d’autres sont isolantes (vernis noir). Cette alternance forme un code binaire sur 12 contacts, que le boîtier interprète selon une table de correspondance standardisée pour en déduire la sensibilité.
Le principe rappelle celui des cavaliers (jumpers) que l’on trouvait sur les anciennes cartes électroniques : un agencement physique simple encodant une information logique.
Ce que ça change concrètement à l’usage
Avec un boîtier à lecture DX automatique, l’appareil règle l’ISO dès l’insertion de la pellicule. Cette automatisation présente toutefois une limite : elle ne laisse aucun contrôle manuel sur la sensibilité réellement appliquée, sauf si le boîtier propose une fonction de dérogation (override), ce qui est le cas de nombreux reflex avancés des années 1990.
Avec une pellicule non codée DX, la situation est différente. Un nombre significatif de films artisanaux ou de niche ne comportent aucun codage DX, qu’il s’agisse de petites marques indépendantes ou de pellicules rembobinées à partir de stocks cinéma en vrac. Dans ce cas :
- un boîtier entièrement automatique applique généralement une valeur ISO par défaut (le plus souvent 100 ou 200 selon les marques), ce qui peut entraîner une sous-exposition ou une surexposition importante de l’ensemble du film si la sensibilité réelle diffère ;
- un réglage manuel de l’ISO devient nécessaire, soit via la molette dédiée du boîtier, soit en contournant le système DX par d’autres moyens.
Le lien entre codage DX et push/pull
Le système DX intervient également dans les pratiques de poussée ou de tirage du développement (push/pull), qui consistent à modifier volontairement l’ISO réglé à la prise de vue pour compenser ensuite au développement, comme exposer un film 400 ISO à 800 ISO, par exemple. Sur un boîtier entièrement automatique sans fonction de dérogation, cette manipulation est techniquement impossible. Elle nécessite un appareil permettant soit une correction d’exposition manuelle, soit un réglage ISO indépendant de la lecture DX.
Solutions pour pallier l’absence de codage DX
Plusieurs approches permettent de contourner cette limitation, que ce soit pour un film non codé ou pour forcer volontairement une sensibilité différente :
- Réglage manuel de l’ISO, lorsque le boîtier le permet — solution disponible sur la majorité des reflex de milieu et haut de gamme.
- Utilisation d’un posemètre externe réglé à la sensibilité souhaitée, en pilotant le boîtier en mode manuel intégral.
- Application d’un autocollant DX codé (disponibles dans le commerce ou réalisés à partir de chutes de cartouches) pour simuler un code reconnu par les boîtiers automatiques.
- Masquage de certains contacts à l’aide de ruban adhésif isolant, permettant de forcer artificiellement une valeur ISO différente sur une pellicule déjà codée.
Codage DX et procédé de développement
Le codage DX ne présente aucun lien avec le procédé de développement utilisé (C-41, noir et blanc, E-6) : il s’agit exclusivement d’une question de lecture de sensibilité par le boîtier. Une pellicule peut être codée DX qu’elle soit en couleur ou en noir et blanc. En revanche, les films artisanaux et les rebobinages sont presque systématiquement dépourvus de codage DX, les cartouches recyclées ou génériques employées ne disposant pas du vernis spécifique nécessaire à l’impression du motif.
Tableau de synthèse
| Avec codage DX | Sans codage DX | |
|---|---|---|
| Lecture ISO | Automatique | Manuelle obligatoire |
| Risque d’erreur | Faible (sauf dérogation) | Élevé en cas d’oubli de réglage |
| Contrôle créatif (push/pull) | Limité sans dérogation | Total, mais manuel |
| Typique de | Films industriels grand public | Films artisanaux, rebobinages, stocks cinéma |
En résumé
Le codage DX reste un standard fiable pour la majorité des pellicules produites industriellement, simplifiant la prise en main pour les photographes occasionnels. Il convient toutefois de rester attentif lors de l’utilisation de films artisanaux ou de niche, de plus en plus présents sur le marché argentique : l’absence de codage DX impose alors une vérification systématique du réglage ISO avant chaque prise de vue.